A : M le directeur France, Mme la DRH France
Mesdames, Messieurs,
25 millions d’euros empruntés. L’équivalent de 8 ans des dernières NAO. Plus de 200 emplois supprimés. Voilà le chèque que la direction veut faire signer aujourd’hui par les syndicats.
La restructuration de la dette devait donner à Atos les moyens de se reconstruire, d’investir, de retrouver la croissance et de préserver durablement l’emploi. Pourtant, 25 millions d’euros seraient aujourd’hui consacrés non pas à préparer l’avenir, mais à organiser des départs et à réduire la masse salariale juste pour améliorer les résultats de 2027. L’entreprise donne aujourd’hui le sentiment de fonctionner comme avec un crédit revolving : non pas en créant la richesse nécessaire à son redressement, mais en consommant toujours davantage un argent qu’elle n’a pas encore su gagner. Ce n’est pas un projet industriel viable.
Le projet ne prévoit absolument rien pour le maintien dans l’emploi des salariés expérimentés, l’adaptation des postes, l’amélioration des conditions de travail, la transmission des compétences ou les recrutements. Il ne fait qu’organiser la sortie des salariés supposément retraitables avant le 1er octobre 2027, par la voie express et en priorité absolue.
Ce que les PSE n’ont pas permis d’obtenir, la négociation TER doit désormais l’accomplir, faute d’une stratégie commerciale gagnante, faute d’une vraie stratégie pour l’IA.
Pourtant, le PDG la présente comme un pilier essentiel de Genesis tout en avouant que la stratégie, l’équipe, la méthode, le budget et les perspectives sont à reprendre de zéro. Pour faire partir les salariés, les millions sont immédiatement disponibles. C’est plus facile.
Alors que les économies sont recherchées partout, le PDG du groupe a réuni à Bezons plus de 200 élus et représentants du personnel lors d’un coûteux « séminaire du dialogue social », en plein milieu de la négociation. Une première chez Atos, sans ordre du jour, sans objectif annoncé. Pourquoi cet intérêt soudain pour les syndicats, précisément au moment où leurs signatures sont recherchées désespérément ? Une coïncidence ? La CFDT ne le croit pas. En effet, presque toutes les négociations ont échoué depuis l’arrivée de la nouvelle direction France. Pourquoi le PDG explique-t-il que la France a la pire rentabilité du groupe, contrairement à l’Allemagne où les syndicats seraient plus « coopératifs » ? Le message subliminal était à peine voilé : « Accompagnez les transformations, soyez coopératifs, vous pouvez dormir tranquillement, Atos est sauvé pour 10 ans, allez signer et arrêtez vos chichis ! »
Les syndicats sont allés à l’Assemblée nationale dénoncer la financiarisation, les suppressions d’emplois et la priorité donnée aux créanciers et aux « fonds vautours ». Comment espérer maintenant qu’ils reviennent à Bezons pour signer et cautionner le détournement vers la résolution d’une équation financière tant décriée d’un argent chèrement emprunté, alors qu’il devrait servir au redressement du groupe et à la préservation de l’emploi ? Comment espérer qu’ils valident la logique strictement comptable qui va permettre, pourquoi pas, tant qu’on y est, de booster artificiellement et dès que possible une action moribonde ? Où est l’intérêt des salariés ici ? Un syndicat n’est ni un auxiliaire de gestion, ni la caution sociale des objectifs fixés par les créanciers.
Espérer que les syndicats vont tomber sous le charme d’un PDG venu, dévoué, à la rescousse de sa direction France qui n’arrive pas à dialoguer avec ses syndicats, contrairement à la direction allemande qui elle, de surcroit, a d’excellents résultats, c’est les méconnaitre. Sauver le soldat France même si, parait-il, « nul n’est immuable », avant que le couperet ne tombe pourrait paraître louable, voire noble, mais n’efface pas le désastre des PSE, les réorganisations hasardeuses et un commerce en déshérence.
Comment un syndicat peut-il expliquer aux salariés pourquoi ces sommes ont été consacrées à faire partir leurs collègues sans penser aussi aux augmentations salariales, aux recrutements, à la formation, à l’amélioration des conditions de travail, à l’investissement et à la reconquête commerciale ? C’est pourtant bien la vocation d’un syndicat d’assurer les équilibres, de partager une vue d’ensemble sur les projets de la direction et de préserver les acquis sociaux.
De plus, ce projet d’accord a de quoi scandaliser : il combine un surcoût pour l’entreprise et de faux avantages pour les salariés.
- Il propose des modalités au rabais. Par exemple, dans la quasi-totalité des cas, la prime de départ majorée, une fois déduits 20% de cotisation et 11% d’imposition, devient inférieure à l’indemnité de mise à la retraite, pour un coût global, cotisations employeur incluses, plus élevé ! Les salariés Atos France ou Eviden France SAS proches de 67 ans, ou plus âgés, ont plutôt intérêt à attendre une proposition de départ à la retraite venant de la direction.
- En cas de rachat de trimestres, les salariés doivent payer pour anticiper leur départ à la retraite, la direction ne couvrant pas le rachat intégral ! Celles et ceux qui n’ont pas la liquidité immédiatement disponible ne pourront pas utiliser ce dispositif.
- Il met tacitement à la charge de tous les salariés le coût de ce projet, par le rabotage systématique du socle social : santé, prévoyance, télétravail, situations de handicap, égalité femmes-hommes, indemnités kilométriques datant de plus de 10 ans !…
- Il n’offre aucune perspective d’amélioration des salaires et des conditions de travail, ni pour les salariés séniors qui veulent ou doivent rester dans l’entreprise, ni pour l’ensemble des salariés.
- En priorisant l’incitation au départ des salariés, demande primordiale de la direction, il fragilise une véritable négociation en faveur des salariés expérimentés, qui reste à venir.
- Il incite la direction à conserver des conditions de travail insatisfaisantes pour les salariés séniors, afin de les pousser toujours davantage au départ.
- Avec un congé de fin carrière rémunéré à 80%, les signataires effaceraient 20% de salaires mais aussi de cotisations, contribuant à saper encore notre modèle social et offrant une économie supplémentaire à la direction.
- En imposant un calendrier serré, il diminue la capacité des salariés à consentir librement, puisqu’ils sont sous la contrainte de l’urgence avec l’obligation de souscrire avant fin novembre 2026.
- En limitant le nombre de dossiers, il crée une concurrence et une différence de traitement artificielles entre les éventuels volontaires.
- Il fragilise les candidats au dispositif qui n’auraient pas pu partir, la limite des 220 dossiers atteinte, en partageant avec la direction des données personnelles qui permettront des transactions forcées mais silencieuses.
- Il ne préserve pas les connaissances et les compétences perdues avec le départ des bénéficiaires.
- Il est basé sur des hypothèses d’intérêt des salariés issues des PSE, qui prévoyaient des mesures incomparablement supérieures : une indemnité de licenciement sans cotisation ni imposition, plus une prime de volontariat dans le PSE, contre la majoration d’une prime de départ à la retraite, nettement plus faible et soumise à cotisation et imposition dans l’accord TER.
- Il est totalement déséquilibré en faveur de la direction et au détriment des salariés et des syndicats (Par exemple, article 10.2 : revoyure à la seule initiative de la direction ; en cas de changement de règlementation, le dispositif est immuable si la direction n’est pas favorable à une révision).
- Il force la reconnaissance par les éventuels signataires de la loyauté de la direction, pourtant de nombreuses fois critiquée.
La dette devrait financer la reconstruction d’Atos. La négociation TER propose de financer la contraction de l’emploi.
La direction cherche des signatures. Elle ne trouvera pas celle de la CFDT.
La CFDT refuse de devenir complice de la résolution de cette équation financière. Elle ne signera pas le chèque.
Ci-dessous, la comparaison du projet d’accord TER et les dispositions de l’accord mesures sociales de 2023 pour la mise à la retraite (acceptée ou d’office).

