
Dans son célèbre conte « Les habits neufs de l’empereur », Hans Christian Andersen raconte l’histoire d’un empereur qui aimait être bien habillé et se fait escroquer par deux charlatans qui lui vendent des habits tissés dans une étoffe que seuls les sots et les incompétents ne peuvent pas voir. Jusqu’au jour où les escrocs font défiler l’empereur dans ses nouveaux habits, seul un petit garçon osant avouer la vérité : « Mais il n’a pas d’habits du tout ! » L’empereur, bien que tout le monde ait donné raison à l’enfant, continua sa marche sans rien dire.
Le communiqué de presse du 1er août 2025 relatif au premier semestre mettait déjà en lumière le retard pris par la France dans ses résultats : « Des prises de commande stables ou en croissance dans toutes les régions à l’exception de la France. » Face à ce retard, la direction France s’est affolée et s’est trouvée aux abois. Elle voudrait nous faire croire qu’elle a de beaux habits, mais toutes ses actions montrent le contraire.
Premier constat
Le chiffre d’affaires (CA) est (ou sera, en 2026) en chute libre. Qu’on se rassure, celui de cette année pourrait être en légère décroissance. Mais le commerce est un processus lent et pour bien voir il ne faut pas seulement regarder le chiffre d’affaires conclu en 2025 et facturé en 2026. La prise de commandes en 2025 est très faible au regard de ce qui est facturé. Le groupe l’a d’ailleurs souligné à son niveau dans son communiqué du troisième trimestre.
Deuxième constat
Face à la décroissance du CA, la direction prend des actions fortes ! Enfin, presque, car voici ce qui est fait.
Pour rassurer les marchés et le groupe, on lance un PSE ! Voilà bien ce qui va nous sauver ! Sauf que ça ne solutionne absolument rien. Un problème de CA ? Supprimons les assistantes RH et la finance ! Mieux ! Supprimons des postes de salariés occupés à plus de 95% ! Mieux encore ! Supprimons des postes dans les ventes ! Qui a bien pu concocter ce plan qui engendre des coûts sans régler le problème de fond ?
Pour lutter contre la chute abyssale de la prise de commandes, supprimons le télétravail des commerciaux ! Quel sera le résultat ? Les commerciaux qui en ont l’opportunité vont quitter l’entreprise. Certains vont tout simplement ignorer la réduction et continuer à faire comme bon leur semble. Il n’y a d’ailleurs souvent personne pour contrôler leur présence dans les bureaux. D’autres vont se rendre dans un open spacesurchargé, qui aura plutôt l’air d’un centre d’appel mal aménagé que d’un lieu propice à la prospection. Pour prendre des rendez-vous ou participer à une réunion Teams, le calme de son logement vaut mille fois mieux que les nouvelles conditions de travail. Comment la direction peut-elle méconnaitre à ce point le travail des commerciaux ?
Si quelqu’un a vu une quelconque logique dans ces actions, merci de prévenir la CFDT, on transmettra !
Dans un autre registre, la direction continue de s’attaquer aux minorités, avec une étendue jamais rencontrée jusque-là. Mais quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limite ! Pour les femmes, leur compte est bon : la direction a décidé qu’elles ne méritent pas son attention (cf. notre article dédié concernant l’égalité professionnelle Femme/Homme).
Pour les salariés en situation de handicap, la direction n’hésite plus à réduire les protections que leur donnait le dernier accord.
Pour les managers, la direction colle dans leur part variable de rémunération les indicateurs qu’elle fragilise par le PSE. Pour les commerciaux et ressources managers, elle réduit le télétravail. Pour les salariés ayant l’option conjoint payant de la mutuelle, elle augmente drastiquement les cotisations. Et pour vous, que fera-t-elle ?
Encore un autre domaine : la marque Atos. Interrogée dans le cadre du PSE, la direction Marketing et Communication répond aux questions sur la valeur de marque et la mesure des valeurs perçues par les prospects. Sur la première partie, la question elle est vite répondue : pas de valorisation de la marque depuis plusieurs années. Sur la deuxième partie, c’est pareil : l’impact de la marque est mesuré par des taux de clics sur les annonces. Autant dire que le concept de branding (valorisation de la marque) est totalement absent chez Atos.
En matière de négociations, la direction s’est lancée dans la dénonciation inutile des accords santé et prévoyance, puis dans un PSE dont elle ne sait plus comment se dépêtrer. Elle poignarde tout le reste, au motif qu’elle n’a pas le temps de traiter les autres sujets de négociation.
Pour la santé et la prévoyance, la direction a réussi à se séparer de son conseil (qui a lâché l’autre ?) et n’a pas les compétences en interne pour mener à bien une telle négociation. Résultat : elle est seule pour affronter la situation catastrophique dans laquelle elle s’est elle-même plongée !
La CFDT a constaté que le directeur financier, puis le directeur France, en réunions du mois d’octobre du CSE de l’UES Atos, se sont avérés tous deux dans l’incapacité de donner le montant de la prise de commandes ou du ratio de prises de commandes sur facturation (book to bill). C’est extrêmement inquiétant, car la méconnaissance de ces chiffres au mois d’octobre, alors qu’ils sont essentiels au pilotage du chiffre d’affaires futur, démontre qu’on gère peut-être au quotidien mais qu’on ne pilote pas. Où est la stratégie ? Pourquoi les problèmes de commerce n’ont-ils pas été adressés dès le début de l’année ? Pourquoi avoir adressé des problèmes de production, qui peuvent avoir des solutions à court, moyen ou long terme, et repousser au mois d’octobre le traitement des problèmes de commerce, pour lesquels les cycles sont surtout à moyen ou long terme ?
Interrogée par la CFDT en réunion de CSE, la direction ne voit aucun risque à son projet de PSE. Visiblement, la gestion du risque était absente de la culture des invités de la direction. Pourtant, face aux suppressions de postes de chargés de recouvrement, la direction a bien identifié un problème, puisqu’elle a compensé le risque par un indicateur lié au recouvrement dans les parts variables de rémunération de nombreux managers.
De même, la direction sent bien que le projet de PSE met le groupe sous un fort risque en France, puisqu’elle ajoute un indicateur lié à la trésorerie dégagée par le groupe en France dans le calcul de la part variable des managers !
Pour la CFDT, la direction est perdue. Il n’y a ni logique, ni boussole, ni orientation, ni constance. Pas de direction, en somme.
Managers, la direction vous a, tout compris !
La direction pense avoir tout compris. Elle se croit chez un opérateur de télécommunications. Elle pense que les managers vont réparer tous les pots cassés.
Le PSE fragilise le recouvrement ?
La direction a la solution : un indicateur DSO (délai de recouvrement) dans votre BSC (part variable de la rémunération) !
Le PSE dégrade la trésorerie aux bornes du groupe pour 2026 ?
La direction a la solution : un indicateur dans votre BSC !
Notez bien que le mode de calcul fixé par la France s’écarte sensiblement du projet présenté au comité européen, qui ne fait aucune référence au DSO et donne une ventilation très différente.
Les évaluations « de performance » sont à l’année ? Le paiement des BSC est devenu annuel ?
Oui, mais l’évaluation de l’atteinte des objectifs BSC est toujours semestrielle. C’est donc vous qui continuez d’attendre, pour améliorer la trésorerie de l’entreprise, le versement de votre dû !
La CFDT s’oppose à ces manœuvres. Les managers ne sont pas là pour rattraper toutes les erreurs de la direction !
